Depuis plusieurs mois, les critiques à l’égard de la stratégie européenne sur l’interdiction des moteurs thermiques en 2035 ne cessent de monter en Allemagne. Et aujourd’hui, elles prennent une tournure plus officielle. Les messages ne sont plus subliminaux comme en témoignent les sorties des dirigeants de BMW et de Mercedes qui remettent publiquement en question le cap pris par Bruxelles.
Dans une tribune publiée dans The Economist, le PDG de Mercedes, Ola Källenius, a plaidé pour une approche plus pragmatique. Il appelle à une réglementation plus souple, ouverte à toutes les technologies capables de réduire les émissions : hybrides, moteurs thermiques toujours plus efficients, prolongateurs d’autonomie, carburants de synthèse. Ola Källenius reconnaît la domination asiatique dans le secteur des batteries et il invite l’Europe à prendre en compte les réalités industrielles et géopolitiques actuelles.
Une transition trop brutale
De son côté, Oliver Zipse, patron de BMW, s’est montré encore plus direct. Il qualifie la stratégie européenne de « désastre complet » pour l’industrie automobile. Selon lui, interdire purement et simplement les moteurs thermiques freine l’innovation, car les constructeurs cessent d’investir dans des solutions alternatives qui pourraient pourtant contribuer à la transition énergétique.
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Zipse réclame une refonte totale du cadre réglementaire et il prône une évaluation des émissions sur l’ensemble du cycle de vie des véhicules – depuis l’extraction des matières premières jusqu’au recyclage – et non uniquement à la sortie du pot d’échappement. Ce qui surprend, c’est à quel point Oliver Zipse semble se montrer confiant à propos du potentiel revirement de politique européenne en la matière : il attend que le changement de cap intervienne « dans les trois années à venir ». Disposerait-il d’informations de première main ?
Un contexte international moins favorable
Cette fronde allemande affirmée s’explique aussi par l’évolution du marché mondial. Car, contrairement à ce qui était prévu, toutes les régions du monde font aujourd’hui marche arrière à propos de la voiture électrique. Ainsi, avec l’arrivée de Donald Trump, les États-Unis ont renouvelé leur attachement aux véhicules thermiques et la transition, qui était promise rapide, cale. Et en Chine, c’est un peu pareil. Même si le pays reste très à l’avance tant technologiquement que pour le marché de l’électrique, Pékin a introduit de sérieux assouplissements, notamment avec des solutions hybrides rechargeables offrant des autonomies records (qui cartonnent en ventes) ou de prolongateurs d’autonomie (EREV).
Dans ce contexte, les constructeurs allemands pensent que l’Europe s’enferme dans une stratégie du tout électrique et qu’elle se prive d’une compétitivité indispensable sur les marchés mondiaux, ce qui conduirait l’industrie automobile à sa perte.
L’Europe a d’ailleurs peut-être déjà conscience de cette trajectoire boiteuse. Car on voit déjà apparaître des fissures dans l’édifice de la stratégie européenne. Car la dynamique ralentit déjà, notamment avec le report par la Commission européenne à 2027 de l’application de sanctions contre les dépassements d’émissions de CO2 (initialement prévues pour 2025). Pour beaucoup, ce recul est déjà l’annonce d’une prochaine révision plus profonde encore de la stratégie globale.
Volkswagen en retrait
Fait intéressant, Volkswagen n’a pas rejoint officiellement l’offensive de critiques des autres constructeurs allemands. Pas encore du moins. Et cela s’explique peut-être par le fait que le premier constructeur européen profite actuellement d’un rebond de ses ventes de véhicules électriques, avec une progression de +47% au premier semestre 2025. Fort de 28% de parts de marché sur l’électrique en Europe, le groupe préfère pour l’instant maintenir son plan d’investissement massif dans la mobilité zéro émission. Dans le contexte actuel, Volkswagen préfère sans doute se montrer prudent, alors que l’entreprise consacre plus des deux tiers de ses 180 milliards d’euros d’investissements à l’électrique.
Vers un retour en arrière ?
L’optimisme des constructeurs allemands repose sur l’idée que la pression industrielle fera in fine plier Bruxelles. À raison ? Interrogé par Le Monde, Ferdinand Dudenhöffer, directeur du centre de recherche automobile CAR à Bochum, estime, lui aussi, qu’une révision semble probable tout en avançant que le coût d’un véhicule électrique pour le consommateur devrait devenir inférieur à celui d’un thermique d’ici à 2030. On a toujours du mal à le croire, car ce type d’annonce a souvent eu lieu, mais on reste loin du compte.
La saga autour de la suppression du moteur thermique n’est donc pas du tout terminée. La pression continue de croître, surtout maintenant, car l’Europe doit se pencher d’ici à la fin de l’année sur la fameuse clause de revoyure qui mesurera les besoins d’ajustement dans la trajectoire de sortie du moteur thermique.
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